La société addictogène est une notion proposée par Jean-Pierre Couteron[1] qui décrit les traits dominants de notre contexte culturel actuel qui se caractériserait par :

  • La perte du lien social (en lien avec la modification des appartenances et l’hyper-individualisme qui en résulte) ;
  • l’augmentation de facteurs de vulnérabilité telle que la précarité et la pauvreté ;
  • l’appétance majeure pour l’intensité et l’instantanéité (nouvelles technologies et hyperconsommation) ;
  • et la recherche de performance et de dépassement de soi (pharmaco-assistance et dopage).

Les conséquences sont la promotion d’une culture de l’excès et de l’accélération, qui se traduit par plusieurs phénomènes. Habituer enfants puis adolescents à des réponses instantanées et intenses similaires à celles qu’apportent les substances psychoactives. D’où, l’apparition d’une banalisation addictive et une généralisation de la perte de contrôle de soi. En somme, c’est une société qui produirait de la perte de contrôle de soi.

 

Exemples d’application en matière d’IP

  • La notion de société addictogène permet de caractériser le contexte culturel et socio-économique dans lequel l’IP prend place (voir DSS).
  • Du moment qu’on accepte les consommations comme intrinsèque à ce type de société, les actions doivent être orientée vers le renforcement des compétences psychosociales des jeunes (avec des outils visant à travailler sur l’estime de soi). C’est l’objectif visé par exemple dans le cadre du projet #MoiCMoi mené par la Fondation 02.
  • Il existe également des projets visant le renforcement des compétences parentales, comme le propose Addiction Suisse à travers ses lettres aux parents.

 

Enjeux

  • Dans une société addictogène, la rencontre entre un produit (ou comportement) et un individu est jugée inévitable, il ne s’agit donc plus tellement de l’empêcher que de le préparer. Il s’agit donc de fournir à l’individu les compétences génériques qui lui permettront de maîtriser son rapport à n’importe quel produit ou comportement (savoir être, estime de soi, etc…)[2].
  • Dans le cadre de l’IP, il s’agit de repérer au plus tôt les usages à risques afin de renforcer les facteurs de protections individuelles et collectives en amont, avant que le plaisir de consommer ne se transforme en consommations problématiques.

Sources:

[1] J.-P. Couteron, « Société et addiction », Le sociographe, vol. 39, nᵒ 3, p. 10‑16, sept. 2012. http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=GRAPH_039_0010

[2] Christophe Al Kurdi, ‘Une Société Devenue Addictogène’, Zoom, December 2013, pp. 1–4. http://relier.relais.ch/wp-content/uploads/2016/01/ZOOM-39-Une-soci%C3%A9t%C3%A9-devenue-addictog%C3%A8ne.pdf

Illustration(s)

Ressources bibliographiques | Liens vers des documents en ligne

[1]
M. Reynaud, “Les dommages liés aux addictions et les stratégies validées pour réduire ces dommages (pour la MILT),” Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT), 2013 [Online]. Available: http://cms.centredesaddictions.org/index.php/29-actualites/edito/90-rapport-les-dommages-lies-aux-addictions
[1]
GREA TV, Jean-Pierre Couteron: La société addictogène. 2014 [Online]. Available: https://www.youtube.com/watch?v=eitVXJBSU28
[1]
J.-P. Couteron, “Société et addiction,” Le sociographe, vol. 39, no. 3, pp. 10–16, Sep. 2012 [Online]. Available: http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=GRAPH_039_0010
[1]
Bernard Stiegler, “Société addictogène, social engineering et écologie relationnelle,” in Prévenir et traiter les addictions sans drogue : un défi sociétal: POD, Issy-les-Moulineaux France: Elsevier Masson, 2012.
[1]
C. Al Kurdi, “Une société devenue addictogène,” Zoom, no. 39, pp. 1–4, Décembre-2013 [Online]. Available: http://relier.relais.ch/wp-content/uploads/2016/01/ZOOM-39-Une-soci%C3%A9t%C3%A9-devenue-addictog%C3%A8ne.pdf

Le principe de subsidiarité veut que la responsabilité du règlement d’un problème revienne à l’entité – capable de le régler – la plus proche de ceux qui sont directement concernés par ce problème (par ex. en matière de traitement des déchets, la commune, puis le canton, puis confédération).

Autrement dit, la subsidiarité est une règle qui considère que tout ce que les individus, seuls ou en groupe, peuvent accomplir par eux-mêmes ne doit pas être transmis à un échelon supérieur [1].

 

Exemples d’application en matière d’IP

  1. On comprend à l’aide de ce principe que le règlement par ex. « d’un problème de consommation dans le cadre d’un foyer pour adolescents » doit être géré en priorité par les principaux intéressés (ados, éducateurs). C’est uniquement dans un deuxième temps, en particulier dans des cas de deal au sein de l’institution, que le foyer pourrait faire appel à la police[2].
  2. De manière plus générale, ce principe nous aide à saisir que le soutien des spécialistes de l’évaluation et de l’intervention psycho-socio-sanitaire – dont les spécialistes en addictions (phase 3 et 4 de la pyramide) doit être pensé comme subsidiaire aux autres formes de soutien en amont[3] (bas de la pyramide).
  3. Plus concrètement, ce principe permet d’articuler des priorités d’action entre l’individu, la communauté et les spécialistes :

En premier lieu, de manière cohérente avec la stratégie addiction qui part du principe que « l’individu est responsable de ses choix de vie et de son comportement », c’est l’usager de drogue lui-même qui, dans le cadre de sa « responsabilité individuelle », est le premier à devoir agir, pour autant qu’il le veuille et en soit capable. A ce propos, il est important de noter le fait que la majorité des « guérisons » se fait en dehors du système de soin et sans l’apport de professionnels (self-change / rémissions spontanées[4])

En second lieu, ce sont les proches (famille, amis, camarade de classe, collègues) qui, bien souvent, thématisent les premiers la question d’une consommation excessive ou d’un comportement inadéquat. S’ils disposent des ressources nécessaires, un dialogue constructif peut s’engager et un « soutien profane » peut être proposé.

En troisième lieu, au-delà du cercle des proches, d’autres acteurs – les professionnels en contact – peuvent être amenés à se préoccuper de la consommation d’un individu que ce soit dans le cadre leurs activités courantes (médecin généraliste, travailleur de proximité, service de désendettement, etc.) ou dans le cadre de situations de crise (urgentiste, direction d’école, etc.).

Enfin, à défaut de soutien suffisant en amont, c’est aux spécialistes des addictions que revient la tâche d’exercer une prise en charge spécialisée.

 

Enjeux

  • Grâce au principe de subsidiarité, on comprend que la notion de soutien ne saurait se résumer au seul soutien des spécialistes en addictologie (dernier cercle/étage de la pyramide). En amont de leur intervention de nombreux autres acteurs ont un rôle de soutien à jouer. Certes, le degré de formalisation et l’efficacité de ces « soutiens profanes » sont moindre, ils peuvent toutefois être suffisant et entièrement adapté à la situation d’un individu dont les caractéristiques propres ne requièrent pas une intervention plus lourde (->proportionnalité / ->Stepped-Care model).
  • Le travail des spécialistes de l’addiction est pensé comme subsidiaire aux autres formes de soutien qui pourraient être mises en œuvre en amont.
  • L’évaluation tout comme l’intervention spécialisée (psychosociale / socio-sanitaire) sont donc considérées comme un plus, et non pas comme l’alpha et l’oméga de ce qui est entrepris auprès des personnes en situation de vulnérabilité.
  • Le soutien le plus important, en nombre comme en intensité, provient de la communauté.
  • La mise en œuvre du principe de subsidiarité conduit à une hétérogénéité des réponses apportées
  • La mise en avant du rôle que peut jouer la communauté en application du principe de subsidiarité peut conduire à des enjeux de pouvoir avec les professionnels concernés.

Sources:

[1] Barroche J., « la subsidiarité. Le principe et l’application », in Études, 2008, site : https://www.cairn.info/revue-etudes-2008-6-page-777.htm, consulté le 9 janvier 2020.

[2] Marie Cornut and OFSP, Consommation de Substances Chez Les Adolescents En Foyer :      Quelle Collaboration Entre Police et Milieux Éducatifs? (Lausanne / Berne: GREA / OFSP / GRAS, 2017), p. 24 <https://www.grea.ch/sites/default/files/collaboration_milieux_educatifs_police_et_addiction.pdf>.

[3] Christophe Al Kurdi and Jean-Pierre Couteron, ‘L’Intervention Précoce, Agir plus Tôt, Agir Moins Seul’, Actal, 14, 2015, 4–10.

[4] Harald Klingemann and Linda C Sobell, Promoting Self-Change from Addictive Behaviors: Practical Implications for Policy, Prevention, and Treatment [Ebook] (New York: Springer, 2007).

 

 

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