L’hétérotopie désigne un espace de projection de l’imaginaire, en dehors de l’ordre social normal. Cet espace est néanmoins réel et concret, localisé dans un lieu physique précis, borné par des frontières clairement identifiées. Il existe une séparation nette entre le dedans et le dehors, ce qui permet d’éviter toute confusion entre les deux. Il s’agit donc d’un espace clairement définit où coexiste un ensemble de normes et valeurs culturelles.

L’hétérotopie peut être définie comme « expérience singulière en relation avec une culture spécifique des acteurs qui y sont présents ». [1] A l’intérieur, il existe un ensemble de règles et de normes qui lui sont propres, distinctes du dehors. On peut penser par exemple à un stade de football, un casino ou une église. Les normes, valeurs et comportements sont différents de l’extérieur, tout en étant réel et effectivement partagé entre les participants.

Bien que séparé clairement du monde qui l’entoure, les liens et les connexions avec lui sont constitutifs de l’hétérotopie. Il doit son existence à cette volonté de projection dans un imaginaire « autre », avec un univers normatif « alternatif ». L’expérience acquise dans le monde hétérotopique nourrit la vie réelle et bien que les deux soient totalement disjoints. Les écrans, ou la consommation de substances peuvent être comprise comme une hétérotopie.

Il permet également de comprendre l’importance du concept d’empowerment, avec lequel il est lié. L’impossibilité pour l’extérieur de réguler les comportements, normes et valeurs à l’intérieur de l’espace l’hétérotopique oblige les intervenants à agir sur :

  • Les compétences et les ressources des personnes (être prêt à affronter l’expérience hétérotopique),
  • L’accompagnement réflexif et critique, pour intégrer l’expérience, autant dans ces dimensions positives que négatives (apprendre de l’expérience)

Le concept d’hétérotopie doit s’associer à celui de réduction des risques, pour réduire le potentiel de dommage de l’expérience (comas, infections, abus en ligne, etc.).

 

Exemples d’application en matière d’IP

  • Guide pour les professionnels sur l’usage des écrans[2] : ce nouveau concept donne des pistes d’intervention, en prenant acte de l’impossibilité d’atteindre l’espace hétérotopique (ici les réseaux, jeux, etc.) pour les proches. L’accompagnement se centre alors sur l’avant (renforcement des normes, valeurs et règles) et l’après (médiation du langage pour intégrer les conséquences de l’expérience).
  • Le concept d’hétérotopie montre l’importance de prendre l’entier de l’expérience, et pas le seul moment.

 

Enjeux

  • L’expérience hétérotopique comporte des risques. Bien qu’inaccessible dans sa dimension expérientielle, elle peut (et doit !) être régulée pour éviter les risques trop importants. Cette régulation « par l’extérieur » peut s’opérer sur les conditions cadres, et non sur l’expérience elle-même.
  • Les proches et les professionnels inclinent naturellement à intervenir directement sur l’expérience hétérotopique (punition, interdiction, etc.), pur empêcher qu’elle se déroule. On pense notamment au parent qui coupe l’accès internet à un jeune en train de jouer en ligne, ce qui peut déboucher sur des crises qui ne permettent pas de régler les problèmes.
  • L’hétérotopie interdit l’action directe et promeut une intervention indirecte, soit sur l’avant, soit sur l’après. L’interventionnisme ou le volontarisme de certaines politiques, comme la prohibition des drogues, s’en trouve par la même occasion disqualifiée.

 

Sources:

[1] MOREL Alain, « Les addictions, un objet spécifique de la prévention »,  2005, site : http://www.arpae.org/05-Bibliographie/02-Documents/00-PDF/Les-addictions-objet-specifique.pdf

[2] GREA and Fachverband Sucht, Guide Pour Les Professionnels Sur Les Usages Des Écrans (Lausanne et Zurich, June 2020), p. 4 <https://www.grea.ch/sites/default/files/grea_ecrans_fr_web_0.pdf >.

Illustration(s)

Ressources bibliographiques | liens vers des documents en ligne

A venir
Lieu Belgique | Bruxelles
Organisme responsable Modus Vivendi
Public-cible Jeunes
Setting Milieu festif
Moyens Environnement favorable | Repérage

Résumé

Modus Fiesta est un lieu d’accueil communautaire pour les consommateurs/trices (majeur·e·s) de drogues récréatives, qui peut servir également de relais pour d’autres prises en charge si nécessaire.

Le lieu propose trois permanences par semaines de 4 heures afin que les usagers/ères (moyenne d’âge 22.5 ans) viennent discuter, chercher de l’information, prendre du matériel ou même bénéficier d’un relais psycho-médicosocial.

Une fois par semaine, un·e psychologue est présent·e à la permanence et peut être un relais. Ces permanences sont tenues par un·e professionnel·le (travailleur/euse social·e) et un·e jobiste.

Les jobistes sont des usagers/ères pairs du public, qui suivent une formation de deux jours, plus des temps de formation continus dans l’année. Le projet contient donc une dynamique de prévention par les pairs. Les usagers/ères se sentent ainsi plus à l’aise de parler et d’aborder le sujet de leur consommation.

Survol du projet

Capacité d’agir

Comment la capacité d’agir est-elle renforcée par le projet ?

Elle l’est sur deux plans. D’une part, les usagers/ères peuvent s’investir dans le lieu communautaire. D’autre part, les personnes concernées peuvent se former en tant que jobiste, ce qui leur permet ensuite d’intervenir dans différents projets et d’aller au contact du public.

 

Risques et méfaits

Comment les risques/méfaits sont-ils réduits par le projet ?

Cela s’effectue par le biais de discussions, de formations, mais aussi par la mise à disposition de matériel. Il y a également des séances info-produit qui abordent de manière détaillée les caractéristiques d’un produit, notamment ses effets et ses risques.

Repérage

Comment le repérage est-il mis en œuvre dans le cadre du projet ?

Il contient deux axes. Le premier est une récolte d’information provenant directement des personnes concernées. Le second est une longue présence des intervenants sur le terrain qui favorise l’observation.

Évaluation

Comment la situation des personnes est-elle évaluée dans le cadre du projet ?

Elle l’est par les travailleurs/euses sociaux en fonction des interpellations et de ce qui remonte du terrain.

Interfaces

Comment le lien est-il fait entre la communauté et les professionnels dans le cadre du projet ?

Le lien se fait par des rencontres entre des travailleurs/euses sociaux, des professionnel·le·s et des jobistes (usagers/ères) pendant des activités sur le terrain. Si une personne concernée sollicite une rencontre avec un·e professionnel·le de santé, le ou la travailleur/euse social sert d’intermédiaire.

Outils/méthodes

Quels outils et/méthodes sont utilisés dans le cadre du projet afin de faciliter l’interaction entre les acteurs ?

C’est la mise en place de trois permanences de 4 heures chaque semaine pour que les personnes concernées viennent discuter, chercher de l’information, prendre du matériel et bénéficier d’un relais psychomédicosocial.

Informations complémentaires

Site web http://modusvivendi-be.org/spip.php?rubrique21 ; https://www.facebook.com/modus.fiesta/
Personne de contact Matthieu Méan ; matthieu.m@modusvivendi-be.org
Document(s) à télécharger http://modusvivendi-be.org/IMG/pdf/carnet35.pdf ; http://modusvivendi-be.org/IMG/pdf/carnet38.pdf ; http://modusvivendi-be.org/IMG/pdf/carnet41-2.pdf ;

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